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Andre Sylver Konan : un journaleux zigzaguant et délirant

AUTEUR   SOURCE
Andre Sylver Konan : un journaleux zigzaguant et délirant

A le lire, le fait de jouer délibérément au jeu du pouvoir (directement ou indirectement) est maléfique et asocial. Celui-ci prétend ne pas se compromettre à ce jeu, comme si le pouvoir ne le concerne en rien. Il use de stratagèmes pour maquiller intelligemment ses manœuvres, en faisant habilement étalage de sa faiblesse et de son impuissance, comme s’il s’agissait là de vertus. Sous le masque de titres professionnels sensationnels, il se vante d’une extrême neutralité, débarrassée des arrière-pensées mercantilistes, dans le seul but de gagner la sympathie ou le respect de ses lecteurs. Se croyant détenteur exclusif d’une certaine lumière, ce dernier se reconnait par sa propension à faire des prévisions électorales et à embarquer ses suiveurs dans des aventures ubuesques, après les avoir aiguillonnés à voter pour ou contre untel. N’est-ce pas à cette description dangereuse que correspond Andre Silver Konan ? Réagissant à la dernière interview exclusive du Président du PDCI, Henri Konan Bédié, parue dans l’édition actuelle de Jeune Afrique (18 au 24 juin 2017), notre journaliste prétend décrypter, sur son blog « comment Bédié dézingue Soro, court-circuite Ouattara et piège le RDR… » .  Qui pourrait rester indifférent à ce journalisme ethnico-propagandiste, d’une autre époque ? C’est alors qu’après lecture de son prétendu décryptage je me suis permis à travers cette lucarne, non pas d’interroger son statut de journaliste-militant, qui ne fait l’ombre d’aucun doute, mais de passer en revue les positionnements énonciatifs qu’il mobilise pour atteindre son objectif : celui de défendre bec et ongles le PDCI, et de sceller dans les esprits ivoiritaires, par le biais d’une rhétorique louvoyante, l’urgence et la nécessité d’un retour de ce dernier, au pouvoir d’Etat en 2020. Ces énoncés s’incrustent en trois types de manipulations que je déconstruirai successivement en toute objectivité politico-intellectuelle. 


Les dérives manipulatoires d’André Sylver Konan 

A l’heure où la culture de la paix est prônée partout en Côte d’Ivoire, où les valeurs s’imprègnent  davantage de la société en rééquilibrant progressivement les rapports humains, le débat politique, lui, s’apparente toujours à une lutte sans merci, où la testostérone tient lieu d’autorité. Sur les réseaux sociaux, dans la presse, et même à la radio, l’affrontement viril remplace le dialogue, et le choc des ego fait oublier la noblesse de l’échange civilisé. Parfois même, quand la cupidité verbale va crescendo, les mots ne semblent pas suffire à exprimer la haine que l’on porte à ses adversaires. La guerre de la communication électorale de 2020 fait déjà rage en 2017. Qui peut le nier ? Et à ce sujet, André Silver Konan, en bon prestidigitateur, s’y connait. Prenons-le au mot pour s’en convaincre.

a) La manipulation par déresponsabilisation 

D’entrée de jeu, il commence par évoquer le « dézingage de Guillaume Soro », qu’il désigne comme « l’homme pressé », en prenant la peine, de rappeler entre parenthèsesque ” l’expression n’est pas de » lui. Ce qui constitue une première forme de manipulation, dite par déresponsabilisation. Dans ce cas de figure, André Silver Konancherche à attirer l’attention sur lui et à éviter tout conflit d’interprétations en adoptant la posture du « porte-voix du public », celui qui ne fait que restituer ce qu’il entend. Comme à son accoutumée, il va faire la victime qui subit le discours. Tout lecteur de l’actualité politique Ivoirienne, se souvient des expressions telles que : « A mon avis…. mais je peux me tromper », “je tiens cette expression de …” “ne m’en voulez pas” “ces propos ne sont de moi, mais de X, etc, qu’il utilise constamment comme des béquilles. En réalité, cette humilité grammaticale assortie d’une fausse modestie, prépare le lit à un deuxième type de manipulation. Allons dans le vif du sujet …

b) La manipulation par dévalorisation ou par culpabilisation.

C’est le lieu du développement des effets psychologiques. Croyant avoir réussi à se dédouaner en prêtant ces propos aux autres, notre « professionnel » va procéder à la dévalorisation de ses cibles. Spécifiquement parlant du cas Soro, il va tenter de « dégainer » avant de « flinguer ». Sinon, quelle intention avait-il à faire un rapprochement « journalistiquement pernicieux » entre 2012 et 2017 ? Que voulait-il insinuer par « il reste un seul choix à Soro, s’il veut y aller en 2020. Rompre définitivement avec le RHDP et ses protecteurs. En adoubant l’Alliance du 3 avril, c’est bien ce qu’il a tenté. Sauf que le mouvement a fait flop. Enfin, il lui reste une autre voie. Il l’a déjà expérimentée en 2002. Seulement voilà, nous sommes en 2017 et il y a une conscience intellectuelle forte en Côte d’Ivoire… » ? 

On notera bien l’utilisation des vocables « rompre », « flop » pour bien marquer l’échec de GKS, qu’il prédit en amont, sans aucun recul éthique et déontologique. Cette attitude est-elle raisonnable alors que GKS n’a jamais exprimé son souhait de candidater à une quelconque élection présidentielle ? Que cherche André Silver Konan, si ce n’est attiser la haine, au moment où tous parlons de paix et de cohésion sociale ? Toujours dans la peau du  moraliste « animé de bonnes intentions », André ne s’arrêtera pas là.

c) La manipulation par patriotisme

Ecoutons-le encore : ” Henri Konan Bédié déclare d’abord qu’il est son protecteur. Il met donc le jeune homme (48 ans en 2020) à l’aise et lui rappelle que son poste de président de l’Assemblée nationale, il le lui doit en partie. On sait tous qu’il a failli être coiffé au poteau par un certain Amadou Soumahoro…” C’est le registre qu’André Silver maitrise le mieux. D’ailleurs, n’a-t-il pas été de ceux qui, par leurs écrits acerbes ont vulgarisé la Cote d’Ivoire de l’ivoirité ? Le voici encore à la manœuvre, cette fois avec plus d’expérience et d’emphase. Les ennemis de Soro, il en parle, lui-même et lui seul, avec conviction et les fixe dans l’imaginaire collectif. En faisant de Amadou Soumahoro et de Hamed Bakayoko, les conspirateurs contre Guillaume Soro, André Silver n’est’ il pas en train d’exécuter la mission pour laquelle il a été mandaté, à savoir diviser les enfants de la « case verte », sous leurs propres yeux .Ne casse-t-il pas progressivement le RDR au profit du vieux parti ? 

En sus, vouloir aider les autres contre leur gré en leur mettant un coup de pression semble être la tasse de thé de notre journaliste du PDCI.  « On peut tout reprocher à Bédié, sauf qu’il est un adepte de la mythomanie en politique. En faisant cette révélation, il place Soro dans l’embarras. Si ce dernier dément avoir confié une telle chose à Bédié, il avouerait qu’il est intéressé par 2020 ». Mettre les autres au pied du mur et les pousser à s’entredéchirer. « Que les enfants du nord se mangent entre eux » « Que les rebelles s’entretuent », telle semble être l’expression du machiavélisme, au plus haut point, de l’un des porte-paroles du PDCI, déguisé en journaliste, qui dit quelquefois ce qu’il pense, mais pense rarement ce qu’il dit.

Dès lors, par ces trois formes de manipulations, André Silver Konan tombe en plein pied et consciemment dans le champ de la propagande politique, qu’il refuse d’assumer ouvertement. 

Rappelons qu’individuellement, tout journaliste a le droit d’avoir des sympathies politiques, d’adhérer personnellement à une idéologie. Mais ce droit fait partie de son domaine privé. Il doit s’interdire, dans l’exercice de sa profession, tout prosélytisme au service de cette idéologie

A  nos yeux, une forme de manipulation sous le sceau d’un journalisme propagandiste est en cours en Côte d’Ivoire. En conséquence, pour un journalisme équilibré d’ici à 2020, nous suggérons au « frère André », ces deux variables suivantes : d’abord, réfléchir sur les éléments objectifs du sujet qu’il aborde en dressant préalablement l’état des lieux complet de la situation.  Ensuite, s’inspirer du vécu de l’opinion publique, c’est à dire le sentiment subjectif qu’elle nourrit  réellement à l’endroit de ce qui se déroule. Car l’opinion obéit souvent à un réflexe pavlovien : elle rejette ceux qui connaissent sans comprendre, ou qui constatent sans la moindre empathie. En plus d’être conscient des enjeux de 2020, il faut donc que « le journaliste émergent » puisse humer l’air du temps afin que ses écrits en épousent les préoccupations et puissent s’établir sur la même longueur d’ondes. Pour l’instant, nous établissons qu’en planant au-dessus des réalités concrètes et des souffrances vécues de ses lecteurs et lectrices en général et de la sphère politique en particulier ; en restant déconnecté de la légitime inquiétude qui saisit à ce moment la société ivoirienne, André Silver Konan se disqualifie professionnellement et ballote au gré des théories clientélistes et partisanes. A défaut d’être un journaliste objectif, il s’est mué en un « journaleux délirant et zigzaguant ». 

Notes : http://www.jeuneafrique.com/448508/politique/henri-konan-bedie-guillaume-soro-nest-interesse-2020-me-dit/

http://iciabidjan.com/andre-silver-konan-decrypte-bedie-dezingue-soro-court-circuite-ouattara-piege-rdr/

Lawrence Atiladé

Doctorant en Science Politique

Secrétaire à la Communication du RJR-France

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