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Décès de Salifou Diallo : La fin d’une gouvernance dirigiste ?

AUTEUR   SOURCE
Décès de Salifou Diallo : La fin d’une gouvernance dirigiste ?

19 aout 2017, Salifou Diallo, l’un des plus grands ‘’politiciens’’ du Burkina a tiré sa révérence. Trois décennies durant, il a entretenu chez bien de Burkinabè le mythe de la grandeur et de la toute-puissance politiques. L’homme était à la fois adulé et craint. Elu président de l’Assemblée nationale, le 30 décembre 2015, Salifou Diallo n’aura dirigé le parlement de la 7e législature que pendant 19 mois et 20 jours. Mais, il a eu le temps d’imprimer sa marque. Applaudis par certains pour sa gouvernance (il a toujours obtenu le consensus lors de la formation du bureau du parlement), il était qualifié par ses détracteurs d’« homme fort aux commandes » d’une institution qui n’en a pas besoin.


Dr Salifou Diallo occupait le perchoir de l’Assemblée nationale depuis le 30 décembre 2015. Il savait détendre l’atmosphère, en taquinant ses parents à plaisanterie lorsqu’il présidait les séances plénières. Il savait aussi être très sérieux et même s’ériger en ‘’père fouettard’’. Si fait que l’hémicycle était quelquefois redouté par certains membres du gouvernement. Et venir répondre à une question orale n’était plus une simple formalité. Les chiffres sont parfois contestés par le président du parlement, les ministres sermonnés. Des déclarations qui semblaient très souvent contrarier l’Exécutif. Ce qui laissait penser à une mésentente au sommet de l’Etat. Mais, Salifou Diallo savait aussi apprécier, et même défendre l’exécutif lorsqu’il estimait que les actions réalisées ou engagées étaient en phase avec les aspirations du peuple.

Et là, il essuyait des critiques de l’opposition pour qui il outrepassait ses prérogatives. « Notre président a tendance à se substituer à l’exécutif, il se permet de défendre le programme présidentiel, chose qui n’est pas sérieux de sa part », se plaignait l’ancien président du groupe parlementaire UPC au cours d’une conférence de presse. Et Alitou Ido allait plus loin dans ses critiques en soutenant que l’Assemblée nationale est mal gérée et « l’homme fort aux commandes » du navire Assemblée nationale était trop craint par ses collaborateurs. « Une fois l’homme fort absent, alors toute l’institution est relaxe et est très à l’aise », confiait-il.

L’opposition politique également en recevait pour ses grades sur certaines questions. Mais, parfois elle avait le soutien du président du parlement qui ne manquait pas d’apprécier certaines critiques fondées les qualifiant de patriotes. D’une manière générale, l’Assemblée nationale avait cessé d’être cette caisse de résonnance ou cette salle d’enregistrement pour l’exécutif. Pour les détracteurs, l’Assemblée nationale était devenu le « territoire incontesté » de Salifou Diallo qui confondait à souhait ses fonctions de président du MPP (Mouvement du peuple pour le progrès, parti au pouvoir, ndlr) et de président de l’Assemblée nationale. « Bonnes gens, écoutez-le du haut de sa tribune, sermonner et l’exécutif qu’il a lui-même participé à recruter, et les parlementaires avec des commentaires par endroits désobligeants », regrettait l’ancien président du groupe UPC.

Qui pour succéder à Salifou Diallo ?

Tout cela relève désormais du passé. Après trois décennies de mainmise sur la vie politique du Burkina, « Gorba » s’est éteint à Paris, ce 19 aout 2017. Et sa disparition ouvre une période d’incertitudes. Qui pour succéder à Salifou Diallo qui a avait une méthode de gouvernance certes critiquable, mais efficace ?

Selon le règlement de l’institution, son remplaçant devra être élu dans les quinze jours qui suivent la vacance du poste de Président de l’Assemblée nationale. La résolution N°001-2016/AN, portant règlement de l’Assemblée nationale du Burkina Faso, indique en son article 17, alinéa 3 que : « En cas de vacance de la Présidence de l’Assemblée nationale par application des articles 91, 92 ou 93 de la Constitution, l’Assemblée nationale élit un nouveau président dans les quinze jours qui suivent la vacance si elle est en session. Dans le cas contraire, elle se réunit de plein droit ».

En effet, l’article 91 de la Constitution du Burkina Faso stipule que : « Le Président de l’Assemblée nationale est élu pour la durée de la législature à la majorité absolue (plus de la moitié des voix, ndlr) au premier tour, à la majorité simple au second tour ».
Le 1er vice-président, Bénéwendé Sankara, qui assure l’intérim a convoqué les députés à l’hémicycle ce 20 aout à 16 heures. Pour préparer les obsèques de l’illustre disparu ou pour préparer la succession ? Les regards sont déjà tournés vers Gounghin (quartier qui abrite le Parlement).

Qui prendra la relève au perchoir de l’hémicycle ? On imagine difficilement le MPP céder cette place, qui est aussi celui du dauphin constitutionnel du chef de l’Etat à quelqu’un qui n’est pas dans le cœur du système. Si Alassane Sakandé, président du groupe parlementaire MPP est en pôle position naturelle, sa cooptation ne sera certainement pas automatique. Des poids lourds du système MPP, actuellement hors de l’hémicycle comme Simon Compaoré (ministre de la sécurité), Clément Sawadogo (Ministre de la Fonction publique) ou Lassané Savadogo (Directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale) pourraient revenir à l’Assemblée nationale pour garder le temple.

Mais c’est sûr, les joueurs du MPP vont devoir rebattre les cartes et redistribuer les rôles. Le système RSS (Roch, Salif et Simon) a perdu un « S ». Comme Socle ?

Moussa DIALLO
Lefaso.net

 

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