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Du Pérou à la Côte d’Ivoire, l’instrumentalisation politique de la réconciliation et du pardon.

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Du Pérou à la Côte d’Ivoire, l’instrumentalisation politique de la réconciliation et du pardon.

Du Pérou à la Côte d’Ivoire, les demandes de pardon insincères, et l’instrumentalisation politique de la thématique de réconciliation après la perpétration de crimes contre l’humanité par un régime prédateur et massacreur, ne trompent pas les peuples qui les ont vécus et qui ont de la mémoire. La réprobation avec laquelle les Péruviens accueillent l’annonce de la grâce politique accordée au criminel contre l’humanité, Alberto Fujimori par le chef de l’Etat péruvien Pablo Pedro Kuczynski doit sonner comme un avertissement adressé aux adeptes ivoiriens de l’instrumentalisation politique de la thématique de la réconciliation. Certes, un pourcentage élevé de Péruviens étaient favorables à ce qu’Alberto Fujimori soit amnistié par une grâce présidentielle. Mais,  comme les Ivoiriens ils attendaient une demande de pardon et une réconciliation sincère. Cette demande de pardon sincère des dirigeants d’un pays et des auteurs de crimes et de méfaits, qui scelle la réconciliation nationale dans un pays divisé par une guerre civile, est toujours a priori et spontanée. Elle relève de la responsabilité politique qui lie les membres d’une Nation les uns aux autres et contraint les dirigeants de l’Etat à répondre de ceux dont ils gèrent le destin et les intérêts.


Dans les démocraties et les  Républiques modernes, tous les citoyens et à fortiori les dirigeants politiques  sont, en tant que membres de la nation, politiquement responsables de ce tout ce qui survient en bien et en mal dans la cité. Cette responsabilité politique irréductible, engage a priori  les citoyens les uns envers les autres, et notamment les dirigeants de l’État envers toutes les composantes de la cité. Chef d’État au moment où furent perpétrés les crimes massifs, Alberto Fujimori aurait dû assumer, a priori,  sa responsabilité politique et demander pardon à ce titre au peuple péruvien tout en purgeant sa culpabilité pénale judiciaire. Au lieu de cela, il a demandé pardon après avoir été gracié. Venue a postériori, sa demande de pardon est insincère en vertu du caractère a priori de la responsabilité politique scellée par le contrat social. Cette demande opportuniste de pardon rétribue une grâce présidentielle qui l’instrumentalise politiquement pour se servir de la réconciliation comme tremplin électoral. Le chef de l’État péruvien, Pablo Pedro Kuczynski,  aurait reçu, note l’édition numérique du  quotidien  français Le Point,  le soutien du mouvement politique fondé par Fujimori,  qui lui a évité une destitution par le parlement.

Elle s’apparente en cela, en Côte d’Ivoire, aux demandes instrumentales  de pardon qui utilisent  la réconciliation comme arme politique et tremplin électoral. Cette démagogie électoraliste  n’échappe jamais  au bon sens commun des peuples. Elle est d’autant  plus évidente que les auteurs ivoiriens de cette instrumentalisation politique de la thématique de la réconciliation et du pardon  n’hésitent pas, en ce moment même,  à mobiliser les thématiques identitaires et populistes et à rechercher des alliances politiques  dans ce sens en vue de la conquête du pouvoir.

Que les acteurs politiques ivoiriens de ces réconciliations et demandes de pardon instrumentales, acteurs qui souscrivent pourtant aux thématiques identitaires et au populisme,  ne s’avisent donc pas de considérer la victoire possible de Georges Weah au Libéria soutenue par l’épouse de l’ex-président libérien, le criminel Charles Taylor, comme un signe annonciateur de la popularité de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire. Comme le peuple péruvien, le peuple ivoirien  à de la mémoire. Il a fait l’expérience de la nocivité du nationalisme identitaire et de ses escadrons de la mort et en a été marqué dans sa chair.  En dépit de la différence des continents et des histoires, le peuple ivoirien doit être comparé au peuple péruvien pour la résilience de sa mémoire des massacres perpétrés durant la crise post-électorale ivoirienne par le régime prédateur et criminel de Laurent Gbagbo qui avait, comme Fujimori au Pérou, entretenu des escadrons de la mort de triste mémoire. Le score peu glorieux des identitaires et des populistes ivoiriens, durant l’élection présidentielle de 2015 et leur déroute électorale successive en dépit de leurs appels au boycott et de leurs nombreuses manœuvres d’obstruction,  sont des signes sans équivoque. Ils annoncent la défaite électorale certaine en 2020, de ces factions dénuées du minimum de « scrupule » et de « courage » politique d’un Alberto Fujimori demandant tardivement, a postériori et après son amnistie,  pardon  au peuple péruvien pour les crimes et les massacres commis sous son régime. Laurent Gbagbo à la Haye, devrait s’inspirer de cette demande pardon  qui vient trop tard.

Dr Alexis Dieth

Professeur de philosophie

Cedea.net

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