Alea Jacta Est…

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Djédjé Mady a franchi le Rubicon. Le secrétaire général du PDCI a décidé de présenter sa candidature pour briguer la présidence de son parti le PDCI. Quoi de plus normal dirait-on après 48 années de militantisme dont 11 passées au secrétariat général. En effet rien d’anormal à cette candidature…sauf si bien sûr nous ne vivons pas dans un monde normal.

Car dans un monde normal, une simple candidature à la présidence d’un parti politique ne provoquerait pas tous ces cris d’orfraie et toutes ces réactions enflammées qu’on entend ici et là. Et ce d’autant plus que l’intéressé lui-même a su y mettre la manière en ne pourfendant pas son prédécesseur, son aîné, qui lui aussi n’a jamais caché sa volonté de rempiler pour un autre mandat à la tête de son parti. Sincèrement, les noms d’oiseaux dont on affuble le SG du parti d’Houphouet ces temps ci font mal à entendre….. Traître, vendu, espion, ingrat, taupe….. Tout ça pour une simple candidature !!! Vraiment triste.
Si un demi-siècle de militantisme ne suffit pas à démontrer son attachement à un parti et sa loyauté envers ses camarades, alors il faut craindre que les futurs candidats à la présidence du PDCI ne se dévoilent qu’une fois les deux pieds dans la tombe.

Mais que reproche-t-on concrètement à Djédjé Mady ? D’avoir présenté sa candidature alors que son aîné l’actuel président du parti est candidat à sa propre succession. Un tel argument est-il recevable au regard des textes qui régissent le fonctionnement du PDCI ? Bien sur que non. Ses détracteurs eux-mêmes ne font pas référence aux statuts du parti puisqu’aucune de ses dispositions ne permet de soutenir un tel grief. On considère plutôt que compte tenu de l’atmosphère délétère et du climat passionnel qui règnent dans le parti, seule une candidature du président Bédié pourrait réconcilier les uns et les autres et éviter une implosion. Soit ! Mais cette candidature accompagnée de nobles intentions est elle incompatible avec une compétition démocratique ? Pourquoi ne pas laisser les militants décider sereinement et croiser les doigts pour que le meilleur l’emporte ?

Toute cette agitation on s’en doute n’est que la suite logique de la bataille de positionnement qui fait rage depuis les sorties hasardeuses du député KKB. Une frange du PDCI a décidé de mettre la pression sur l’allié RDR afin de faire monter les enchères en vue de la future présidentielle. Ces frondeurs envisagent un rapprochement avec le FPI qui leur tend les bras. Ce qui évidemment n’est du goût de l’allié du RHDP qui n’est nullement disposé à rester les bras croisés pendant que l’ennemi manœuvre pour l’isolé. Cette situation crée un climat de suspicion généralisée où chaque déclaration, chaque intention de candidature est analysée sous le prisme d’intérêts personnels et de considérations partisanes.

Non, Mady n’est pas de ceux qu’on pourrait qualifier de taupes ou de renégats. Près de 50 ans de militantisme ne sauraient être balayés aussi facilement du revers de la main. Ce monsieur a toujours fait partie du camp des modérés de son parti et de ceux qui ont accepté de s’humilier pour que la Côte d’ivoire guérisse. Qui a oublié ce jour de 2004 où il s’est agenouillé au stade de Bouaké pour demander pardon au nom de son parti pour toutes les fautes commises ? Combien de personnes en ont fait autant dans ce pays ?

Contrairement à d’autres qui ont fait de la provocation et des agressions verbales gratuites des arguments de campagne, Mady n’a jamais placé sa candidature dans un antagonisme débridé avec son aîné. L’argument selon lequel Bédié n’est plus éligible à la tête du parti tombe sous le sens vu que les statuts du parti sont formels à ce sujet. Le dire ce n’est pas lui faire injure, surtout quand on le fait avec retenue comme le SG du PDCI. De plus, nulle part il n’est rapporté des propos de Mady qui pourraient trahir une volonté de s’émanciper du RHDP. Le fait pour un parti de briguer le pouvoir d’Etat n’est pas mauvais en soi. C’est le contraire qui serait illogique. A défaut de réussir à s’entendre sur une candidature unique pour la présidentielle future, chaque parti pourrait présenter son candidat. À charge pour les uns et les autres de faire en sorte d’éviter de compromettre les chances de se retrouver au second tour.

Depuis le temps qu’on réclame la démocratie il serait vraiment temps de l’appliquer à l’intérieur des partis. Un Mady à la tête du PDCI pourrait être une avancée décisive pour la démocratie ivoirienne. Car cela battrait en brèche l’idée reçue selon laquelle ce parti est condamné à être dirigé par des Baoulés ou des Akans. Et pourquoi pas un jour un Sénoufo candidat du FPI ou un Attié candidat du RDR ?

Mais nous n’en sommes pas encore là. Mady candidat ne signifie pas Mady président du PDCI. Seuls les militants de ce parti décideront. En attendant, que tout le monde mette balle à terre. Il n’y a pas le feu à la demeure.

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