Alain Cappeau, Le Conseiller Déconseillé De Laurent Gbagbo

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Il est parfois nécessaire, pour briser les reins au mensonge, de s’occuper de dévoiler l’ignominie de ses serviteurs attitrés. La tâche est bien ingrate, quand on doit s’intéresser aux bribes d’une incohérence permanente qui se prend pour la science. En dépoussiérant les esprits de ces fadaises, on aide cependant ainsi l’opinion nationale et internationale de nos contrées à se désintoxiquer durablement, en rangeant les bonimenteurs dans leurs caves obscures et en désencombrant la pensée critique de ses faux semblants. En effet, dans la nébuleuse des Don Quichotte intellectuels du soldat Gbagbo, rassemblés notamment entre Accra et le territoire de France en cette année 2013,  il y a un certain Alain Cappeau, rhéteur d’une bien douteuse habileté, économiste à ses heures de sommeil et conseiller indésirable de tous ses compagnons. Un communiqué récent du rescapé Justin Koné Katinan, porte-parole vaniteux de Laurent Gbagbo, vient de rappeler le Cappeau à la doctrine des kapos du FPI. De Conseiller Spécial, les kapos de la Refondation à Accra font donc désormais de Cappeau un Déconseillé spécial. Depuis 2007, l’homme, après des années curieuses en Algérie, à la suite d’études d’économie plutôt bricolées et vite abrégées en France, passe pour un tireur d’élite du développement industriel, un éclaireur de l’émergence économique ivoirienne, si ce n’est un théoricien du discours international de Laurent Gbagbo, à qui il a la flatteuse tendance d’ attribuer « une intelligence très supérieure ». Le Cappeau, passionné des micros comme d’autres le sont des hobbies, touche tellement vite à tout que les kapos du FPI n’en veulent plus. Ils lui demandent de pratiquer fidèlement leur art obsessionnel de la monomanie d’un discours déconnecté des faits. Qui ne connaît pas le résultat des courses de la « très supérieure intelligence » qu’Alain Cappeau se complaît par monts et vaux médiatiques à attribuer au pensionnaire ivoirien de la prison de La Haye ? Je voudrais m’intéresser ici à la logique d’Alain Cappeau, à son statut dans l’économie de la parade médiatico-politique des pro-Gbagbo à travers le monde, et aux limites vénielles de son art de noyer le poisson, en tentant de donner à Gbagbo à travers la propagande désespérée des siens, l’image du démocrate, de l’Agneau pascal, du messie politique qu’il ne fut et ne sera finalement jamais.

 

Pour le sieur Alain Cappeau, Laurent Gbagbo serait ni plus ni moins que « la conscience ivoirienne ». Grand pourvoyeur de la démocratie aux Ivoiriens, infatigable bâtisseur, intelligence supérieure, héros et héraut moderne des Africains, homme du peuple et homme populaire, le Gbagbo de Cappeau est un dieu vivant. Mais c’est sans doute parce que la perspective de Cappeau est celle de l’idolâtrie que Gbagbo acquiert le statut de dieu-homme.  Xénophane, dans l’antiquité grecque, nous prévenait que si les hommes étaient des bœufs, leurs dieux auraient souvent des formes de bœufs. Cappeau se complait dans son dieu-Kapo. Il honore l’apprenti Nazi d’Eburnée.  Il se mire en Gbagbo qui se reflète à son tour en lui. Pour Cappeau, si Gbagbo n’existait pas, il aurait fallu l’inventer. Voyons. Gbagbo, développeur de la Côte d’Ivoire ? On croit rêver. Dans une des nombreuses vidéos où il se complaît à surfaire son idole, Cappeau va jusqu’à attribuer à Gbagbo la prouesse immémoriale d’avoir conduit l’économie ivoirienne à une croissance de 3 à 3, 5% en 2010. Que dire alors aujourd’hui d’Alassane Ouattara qui a conduit la Côte d’Ivoire à près de 10% de croissance économique en cette année 2013 ? Silence-radar du sieur Cappeau sur celui qui fait trois fois plus que son mentor. Il lui suffira, lui Cappeau,  l’économiste d’école buissonnière, de prétendre sans la moindre preuve que les chiffres actuels de l’économie ivoirienne résultent de la complaisance des amis du Président Ouattara – un brillant technocrate –  pour se défausser de ses incongruités.

De quel idéal moral est-il donc question avec Gbagbo quand on parle de l’homme qui, rompant le pacte républicain signé au milieu des années 90 avec Djéni Kobina, s’engouffra dans l’idéologie de l’ivoirité qu’il retourna  astucieusement contre Henri Konan Bédié et instrumentalisa contre Alassane Ouattara avec la bien trop complaisante naïveté d’un général Guéi qui n’imaginait pas encore la duplicité que lui réservait à son tour le Boulanger venu de Mama ? De quelle conscience morale ivoirienne Gbagbo est-il le centre si l’on se souvient que c’est cet homme qui, élu dans une élection pseudo-démocratique contre le bien isolé Général Guéi en octobre 2000, freina des quatre fers devant la noblesse de la proposition de reprise inclusive du scrutin que lui adressaient les autres grandes formations de l’opposition politique d’alors ? Laurent Gbagbo serait-il la conscience ivoirienne, alors même que le même qui demandait en septembre 2002 l’aide militaire de la France contre la rébellion ivoirienne d’une main, activait de l’autre main les hordes de la « patrioterie »[1] xénophobe menées par Blé Goudé, le Général de la Rue, contre la même France ?  Derechef, Laurent Gbagbo serait-il la conscience ivoirienne, alors qu’il signe son arrivée au pouvoir par un charnier génocidaire monumental en octobre 2000, organise la traque de ses compatriotes du Nord dans l’Etat et les armées, clame et proclame son désir de guerre et sa volonté d’avancer parmi mille et dix mille qui tomberont à gauche comme à droite ? On a trop vite fait d’oublier que Laurent Gbagbo est la cause principale de la rébellion ivoirienne  de septembre 2002, car c’est lui qui de fait contraint Guillaume Soro et ses compagnons à affronter une question décisive : l’exil  et la mort dans le déshonneur ou la résistance contre l’ignominie, au péril de leurs vies, en Côte d’Ivoire… Est-ce vraiment avec les Escadrons de la mort qui balaient tant de vies innocentes, notamment entre 2002 et 2004, que Laurent Gbagbo entrera au Panthéon des enfants de  chœur de la république ? Ou faudra-t-il faire semblant d’oublier, que c’est le même Gbagbo qui, au grand dam silencieux d’un Mamadou Koulibaly qui le sait défait à la présidentielle du 28 novembre 2010, s’accroche irrationnellement au pouvoir entre deux transes pentecôtistes de sa fiévreuse Simone, provoquant 3000 morts de trop au cœur d’une Côte d’Ivoire qui n’avait pas fini de sécher ses larmes précédentes ?

Il nous faut à présent comprendre pourquoi ce monsieur persiste à répandre partout où un micro l’approche, le portrait-robot d’un Gbagbo qui relève davantage de ses fantasmes que de l’Histoire. En réalité, Alain Cappeau, contre vents et marées, juché sur ses moulins à vent tel Don Quichotte, cherche à assurer à Gbagbo une présence rhétorique que sa vacuité juridique à La Haye ne saurait lui garantir. Par cette insignifiante présence rhétorique qu’il veut assurer à Gbagbo à travers ses imprécations sans queue ni tête sur sa grandeur artificiellement fabriquée, Alain Cappeau ne cherche rien d’autre qu’à se sauver lui-même de son insignifiance de Conseiller Spécial au chômage, en cruel manque de raison sociale solide. En tentant de sauver le soldat Gbagbo, Cappeau ne cherche qu’à maintenir à flot le navire troué du soldat Cappeau. De manière fort cafouilleuse, Cappeau s’acharne, au grand dam de ses propres camarades Refondateurs, à faire résolument feu de tout bois. On ne saurait comprendre jusqu’à quel point Alain Cappeau ne sert à rien que si l’on se pénètre du communiqué que Justin Koné Katinan, l’autre grand kapo de Gbagbo planqué à Accra derrière son statut surfait de réfugié politique, a destiné aux bavardages d’Alain Cappeau et de ses semblables en baliverne, Alain Bouikalo ou Alain Toussaint, de la même nébuleuse de désoeuvrés du gbagboisme en jactance permanente à travers les médias. Voici donc la fatwa anti-Cappeau que proclame depuis Accra, l’Ayatollah autoproclamé Koné Katinan :

«Depuis quelques temps, il m’est donné de constater que de nombreuses personnalités, au sortir d’une visite au président Laurent Gbagbo injustement incarcéré à La Haye, tiennent publiquement des propos qu’elles affirment détenir de lui. Tout en témoignant que le président Laurent Gbagbo apprécie hautement et sincèrement ces visites qui lui sont accordées et s’honore de la grande mobilisation qui s’organise autour de sa personne, il tient cependant à démentir formellement tous les propos qui lui sont attribués ces derniers temps, propos relayés aussi bien par la presse écrite que par les réseaux sociaux. »[2]

 Quelque  temps avant la salve de Katinan le 7 octobre 2013, le Conseiller Spécial Alain Cappeau s’était rendu à La Haye, fleur en bouche et fièvre verbeuse couvant. Des confidences du chef des kapos ivoiriens, Cappeau s’était repu, au point de devoir rendre rapidement gorge de son trop plein. Il s’était donc par la suite précipité vers les micros de la presse pour y étaler sa science infuse de l’état et de la stratégie extraordinaires du prisonnier venu de Mama, dans son combat contre le procureur de la CPI et le régime du Président Alassane Ouattara. Que disait par exemple un Alain Cappeau, dont la langue fourche si merveilleusement souvent qu’il lui est arrivé de dire sans s’en rendre compte que « Laurent Gbagbo a été élu par le Conseil Constitutionnel ivoirien en 2010 » ? Il suffira de le lire pour comprendre pourquoi Koné Katinan en a fait publiquement désormais, un Conseiller spécialement déconseillé au sujet du cas-Gbagbo. Cappeau s’étala d’abord en 2012 ainsi :

« Laurent Gbagbo est un révélateur qui nous enseigne une vérité qui est en dedans de nous. Chaque fois qu’il a dit « asseyons-nous et parlons » c’était pour que chacun découvre un moyen de mieux se connaitre soi-même. Son expérience, ses postures pour le droit, son sens de l’abnégation, sont des savoirs, des références, des exemples à suivre pour tout individu épris de justice et de liberté. Acceptons-en l’augure sans blasphémer, car le supérieur suppose aussi le divin, qu’on le veuille ou non ! »

Vous avez bien lu le sieur Cappeau : «… le supérieur (Laurent Gbagbo) suppose aussi le divin (Gbagbo=Dieu !) »

En juin 2013, au terme d’un de ses nombreux pèlerinages chez son Dieu-Gbagbo, le Cappeau récidiva par exemple encore comme ceci, avec une conviction de dévot qui n’a rien à envier aux jérémiades de la « patrioterie » abidjanaise à son soi-disant Eternel des armées :

« En tant que proche collaborateur du Président Laurent Gbagbo, qu’est-ce qui fonde votre conviction qu’il sera libéré ?

Il sera forcément libéré, la question est de savoir quand. On dit toujours que le droit est ce qui rend les hommes méchants, alors espérons que les bonnes fois et les collusions vont s’empiéger dans le cénacle de Scheveningen pour nous réserver une bonne surprise. Je reviens à nouveau sur l’attitude de réfutation de madame la Présidente (Gurmendi, ndlr) pour affirmer que toute opposition égare le jugement de celui avec qui on s’oppose, parce que le souci de persuader d’un côté et l’ardeur de contredire de l’autre vont contre toutes les règles de l’investigation. Il va donc y avoir d’une certaine façon quelques remue-ménage et règlements de comptes entre amis à la CPI qui pourront peser en faveur du Président Laurent Gbagbo. »[3]

Ainsi, convaincu de son fait, Cappeau ne voit en La Haye qu’une station provisoire de la passion du Christ de Mama qu’il voit revenir sur un cheval blanc, tel l’Archange Michel de l’Apocalypse, présider aux destinées de la Côte d’Ivoire entièrement suspendue à son attente. Sa véritable raison d’espérer ? La bonne foi des juges, qui libèreront volontiers quelqu’un qui revendiqua la boulangerie politique comme une gloire ! Voilà comment à Lyon, le 28 septembre 2013, Alain Cappeau s’est à nouveau complu à faire état de la demande faite par Laurent Gbagbo, que soient fédérés tous les mouvements de résistance de la diaspora ivoirienne contre le régime Ouattara. Ainsi, on peut lire dans un des comptes-rendus de ladite réunion :

« Alain Cappeau, en tant que Conseiller spécial du Président Gbagbo, a transmis de la part de celui-ci :
– sa reconnaissance à l’égard de tous ceux et toutes celles qui poursuivent sans relâche les actions en faveur de sa libération et de celle des autres détenus politiques ;
le souhait de voir se fédérer tous les mouvements de Résistance ivoirienne au sein de la diaspora. »
[4]

Vous avez, là encore, bien lu le bien volubile  Alain Cappeau et vous comprendrez enfin et définitivement pourquoi c’est un Conseiller désormais Déconseillé par les fomenteurs de coups tordus de la Refondation ! Cappeau avoue et dévoile, ni plus, ni moins, par la dernière partie de son intervention –  que je souligne à dessein d’un trait-  que Laurent Gbagbo organise, depuis la Prison de La Haye, par phone, fax, conversations directes et autres lettres, la réunification de la résistance civile et de la résistance armée des Refondateurs contre le régime démocratiquement élu du Président Alassane Ouattara. Comment ne pas comprendre l’exaspération de Justin Koné Katinan devant une telle imprudence tactique ? Comment ne pas comprendre que les faucons du FPI s’émeuvent de ces révélations de visiteurs qui prouvent tangiblement à ceux qui en doutaient encore, que Laurent Gbagbo fut, demeure et s’efforcera longtemps encore, d’être nuisible à la paix, à la sécurité et  la réconciliation des Ivoiriens autour d’un idéal démocratique réel ?

En attendant le Godot-Gbagbo cependant, le très spécialement déconseillé Conseiller Cappeau, pris dans la main dans le sac de sa labilité tragique, pleure en ce début octobre 2013 sur toutes les chaumières, après que les pères fouettards d’Accra lui soient tombés dessus à bras raccourcis. Et quand Alain Cappeau pleure, le film se fait vraiment triste. Ecoutons les sanglots de l’imprudent aventurier de la confidence :

« Comme je sais que tout le monde aujourd’hui est « à fleur de peau » je souhaitais, au moins pour mon cercle d’amitiés proches, faire cette mise au point. Si nécessaire vous pouvez faire passer ce message, mais en choisissant l’interlocuteur. Moi, je n’ai qu’une ambition et qu’une seule! Que Laurent Gbagbo sorte de là où il est,  ma vie sera alors remplie, et après je vivrai ma retraite calmement dans ma montagne, avec mes animaux.  Amicalement  Alain CAPPEAU »[5]

Un commentaire ? Soyons indulgents, pour finir.  Il est vraiment temps que ce monsieur Cappeau rentre dans sa montagne, avec ses animaux. Il y sera forcément plus utile à l’univers. Ou bien ?


[1] Selon la belle expression de Madame Oumou Dosso, dans sa conférence du 22 avril 2013 au Colloque «  Usages du Langage et Usages de la violence »  ténu à Abidjan à l’Invitation du CICAN-CI ( Club International de Conférences de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire).

[2] « Urgent – Laurent Gbagbo recadre ses visiteurs: Le Président Gbagbo dément les propos qui lui sont attribués par ses visiteurs » Mise au point du Porte-Parole intransigeant de Gbagbo,  Justin Koné Katinan sur le site ivoirebusiness.net du 7 octobre 2013

 

[3] Interview – Alain CAPPEAU, Conseiller Spécial du Président Laurent Gbagbo: « Gbagbo sera forcément libéré »Le 10/06/2013 , ivoirebusiness.net

 

[4] http://soutienetliberte.wordpress.com/2013/09/29/lyon-reunion-dinformation-du-28-septembre-2013-le-message-de-michel-gbagbo/

[5] http://philippehua.com/2013/10/04/la-mise-au-point-du-prof-alain-cappeau/

cappeau/ »>http://philippehua.com/2013/10/04/la-mise-au-point-du-prof

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