Editorial: Savoir raison garder

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Il y a un peu plus d’un an, le 17 septembre 2014 plus précisément, le président Henri Konan Bédié lançait ce que l’on a appelé par la suite « L’Appel de Daoukro ».

Outre le fait que dans cet appel il demandait au Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda) qu’il préside de soutenir, dès le premier tour de l’élection présidentielle, le candidat du Rassemblement des républicains (Rdr), Alassane Ouattara, il proposait aussi la réunification de tous les partis se réclamant de Félix Houphouët-Boigny.

Et il suggérait que ce nouveau grand parti porte le nom de Pdci-Rdr. Ce qui me fit tiquer, ce jour-là, était qu’en proposant un tel nom, le président Bédié excluait les autres partis qui se réclamaient de l’houphouétisme, tels que l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (Udpci) et le Mouvement des forces d’avenir (Mfa) qui sont aussi membres du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp).

Mais dans l’euphorie que suscita cet appel, personne ne fit attention à ce détail. Une année plus tard, à l’occasion de l’anniversaire de « L’Appel de Daoukro », le président Bédié proposa aux autres partis membres du Rhdp, qui s’étaient constitués en quittant le Pdci-Rda, de rentrer tout simplement au bercail, c’est-à-dire de réintégrer la formation politique d’où ils sont partis.

Cela a suscité beaucoup de débats et le Rdr a récemment donné sa position, qui suscite encore plus de débats, à savoir un refus de la fusion. Le ton monte chez certains militants et de vieilles rancœurs sont en train d’être ravivées. Pour notre part, nous disons à tous : « Sachons raison garder et allons-y doucement en tenant compte de la nature humaine. »

Il y a, à notre avis, deux éléments indiscutables dont nous devons tous tenir compte. Il y a, d’un côté, le lien très fort qui unit les deux leaders que sont Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara et de l’autre, la nécessité pour les partis qui se réclament de Félix Houphouët-Boigny, surtout les deux plus importants que sont le Pdci-Rda et le Rdr, de marcher ensemble.

Cela est vital pour la paix en Côte d’Ivoire et pour le développement de notre pays, voire de toute la sous-région. Nous sommes tous témoins de ce que l’alliance entre les deux leaders et leurs partis a apporté à notre pays depuis 2005. Grâce à cette alliance, nous avons pu mettre fin au règne de Laurent Gbagbo qui avait conduit la Côte d’Ivoire dans le mur.

Grâce encore à cette alliance, nous venons de vivre cinq années de paix et notre pays affiche une croissance économique que le monde entier nous envie. Grâce, enfin, à cette alliance, nous venons de connaître, pour la première fois depuis notre démocratisation en 1990, une élection présidentielle paisible, sans qu’un seul coup de poing ait été lancé quelque part, et sans que personne  ne conteste le résultat.

Mieux, des perdants ont félicité le vainqueur. Cette élection a été tellement paisible que nous sommes en train de l’oublier, pour ne garder en mémoire que les côtés cocasses comme les sorties télévisées « un peu complexes » de certains candidats.

Alors, le Rdr refuse de se fondre dans le Pdci ? C’est dans l’ordre normal des choses. Cela procède de la nature humaine. Les rancœurs ne s’effacent pas aussi vite que nous le souhaitons. Pourquoi se cacher les vérités ? La création du Rdr par des membres du Pdci-Rda s’est faite dans la douleur. Il y a eu de la souffrance, des drames, de la haine.

Puis il est arrivé le moment où les deux chefs que sont Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara se sont comportés en vrais leaders, en dépassant leur ego et tous ces mauvais sentiments, pour prêcher dorénavant la réconciliation, l’union, la paix, l’amour. Ils ont communiqué cet état d’esprit à leurs troupes et cela a permis la victoire sur Laurent Gbagbo, les cinq ans de paix et de développement que nous venons de vivre.

Mais nous devons comprendre que le retour au statu quo ante ne pourra se faire que graduellement, en donnant du temps au temps. Les troupes ne marchent pas toujours au même rythme que les chefs. Le plus important est que, de part et d’autre, l’on intègre la nécessité pour notre pays que ces partis-là cheminent ensemble et soient des alliés.

N’oublions pas que la paix n’est jamais un acquis définitif et que l’adversaire des houphouétistes est toujours là, toujours vivant, attendant la moindre occasion pour sévir. La fusion doit être perçue comme un objectif à long terme, un idéal à atteindre. En attendant, il faut impérativement préserver l’alliance, la renforcer. Que les militants de ces deux partis se calment donc et évitent les mots et paroles qui peuvent blesser, rouvrir des plaies. Que personne ne fasse de la surenchère. Les défis qui nous attendent pour faire émerger notre pays sont trop importants pour que nous nous amusions des jeux d’arrière-garde.

Venance Konan

Frat-Mat

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