Cécité

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Deux faits majeurs ont animé le week-end dernier en rapport avec l’actualité nationale de notre pays. A Blolequin, ville située à l’extrême ouest de la Côte d’Ivoire, le spectacle offert était désolant, digne du « far-West ». Bilan deux morts. Un jeune de l’ethnie guere de la ville et un autre jeune ivoirien, gendarme de son état dans ladite ville. En plus des pertes en vies humaines, ce sont les domiciles du préfet, du sous-préfet, du secrétaire général de la préfecture et le poste de la gendarmerie, qui sont partis en fumée. Une violence inouïe qui en dit long sur l’état des rapports entre les représentants de l’état et les populations de Blolequin. Il n’y a pas si longtemps que ça, environ deux semaines, dans ce même mois de février, ce sont les populations de Soubré qui dans un élan sauvage s’étaient prises aux locaux de la mairie, là ou ils font se faire produire des documents administratifs, sans oublier de faire un stop brûlant à la résidence du maire de cette localité. Motif : le maire serait à la base du désastre que venait de connaitre le marché. On peut en rajouter en cette liste de vandalisme qui ne fait que s’allonger dans notre pays.

C’était comme si ce peuple, celui de Côte d’Ivoire, souffrait de cécité. Une cécité qui lui permet d’attaquer les représentants de l’état et tout ce qui en est l’illustration. La cécité devient nationale quand des supposés hommes réfléchis veulent trouver une justification aux actes barbares posés. Ainsi, ce qui s’est passé à Blolequin serait un manque de confiance en l’état et à la justice de notre pays pour certains. Une rupture d’avec le pouvoir actuel pour d’autres. En quoi il est intelligent de vouloir défendre des meurtres et des actes de vandalisme de cette façon ? tuer un agent de sécurité est un acte condamnable quelque soient les motivations. De même, abattre un citoyen à un barrage doit être condamné et réprimandé. Cependant, le gendarme aurait subi la rigueur de la loi alors que le meurtre collectif qui risque de rester impuni, faute de coupables directs aura un impact sur le déroulement d’une vie paisible et harmonieuse au sein des communautés.

 Il faut éviter de légitimer des actes de cette nature quelque soit le niveau de notre désamour d’avec les tenants du pouvoir. Cette tentative de vouloir politiser cette affaire à Blolequin donne la nausée. A peine, nos donneurs de leçons ont eu une pensée aux familles éplorées en souffrance. Pour eux, même au prix des corps encore chauds des deux victimes, il faut s’en prendre à Ouattara, attaquer son pouvoir alors que le peuple veut comprendre.

Le deuxième fait est cette marche passée inaperçue pour la plupart des ivoiriens mais qui mérite qu’on y fasse un stop. La limitation de l’âge des véhicules serait la source de cette colère Parisienne d’un groupe d’ivoiriens, qui à peine comprend les enjeux de ces mesures prises. Nous pensons honnêtement que le problème du transport se trouve loin des véhicules mais au sein de son opération journalière. Les concessionnaires de voitures pour le transport ont toujours existé en Côte d’Ivoire par le passé. C’est même à cette époque que notre pays a connu ses lettres de noblesse dans le secteur du transport. On se souvient tous des sociétés tels que SAFCA, PROMOTO, CARICI, AFORMA et autres. Ce n’est donc pas nouveau cette politique d’offrir du neuf sur place. Ce n’est pas mauvais de remettre en place un système qui a fait ses preuves par le passé. Les transporteurs comme les usagers ont tous besoin d’un environnement saint et de qualité.

Cependant, il est important de souligner que notre transport croule sous le poids d’organisations illicites et illégales qui forcent la main aux transporteurs et qui empêchent l’état en premier de mieux vivre des retombés juteux dans ce secteur. Ainsi, les transporteurs sont incapables de renouveler les parcs à cause de ces organisations mafieuses qui pullulent et qui polluent dans le transport ivoirien, à ciel ouvert. Pour comprendre le mal que vit le véritable transporteur (propriétaire de véhicules), il vous suffit de jeter un coup d’œil sur les chiffres écœurant, à vous couper le souffle en bas.

Tout commence par un droit de ligne annuel dès la mise en service de votre véhicule avec le paiement de 60.000 francs cfa. Ensuite vient le droit syndical payé à des organisations et des personnes fantoches qui se donnent un titre de syndicat. Il est important de souligner que nul n’a mémoire d’une assemblée générale quelconque d’aucuns de ces syndicats. Ils sont des centaines comme ça qui animent ce secteur. Donc, 600 francs par JOUR à payer au titre syndical donc (18.000 par mois). Ensuite au pauvre transporteur est exigé le paiement de 300 francs cfa par chargement. Sur la base que le véhicule fait 30 chargements dans la journée, puisque les pauvres gens commencent le travail des 5 :30 du matin, nous aurons donc 300*30 : 9000 francs par jour et 270.000 francs par mois. Le malheur du transporteur ne s’arrête pas à ce stade. Il lui est soutiré 100 francs cfa à chaque arrêt même après avoir payé son frais chargement à 300 francs du jour. Sur la base que le nombre minimum d’arrêt est de 15 par trajet (au minimum), il est facile de faire le calcul suivant : 100*15 : 1500 francs par voyage, ce qui donne 45000 francs par jour ce qui aboutit à encore 135.000 par mois. On n’est pas au bout de nos calculs, il va falloir y ajouter le « billet des chauffeurs » : 700*30 : 21.000 par mois par chauffer. 252.000 par an pour un chauffeur seulement. Si vous avez deux chauffeurs il faut multiplier par 2. Volontairement, nous nous arrêtons là. Il faut noter que la mairie devra aussi prélever des taxes au transporteur que nous n’ajoutons pas.

A la fin du mois, un « Gbaka » rapporte la somme suivante aux réseaux mafieux de notre secteur du transport :

Frais de ligne par an : 60.000 francs cfa

Par Mois : 18.000 (syndicat) + 270.000 (chargement) + 135.000 (prime d’arrêt) + 252.000 (billet du chauffeur) : 675.000 au bas mot.

Par an un seul véhicule « gbaka » revient à : 8.160.000 francs cfa. Vous pouvez faire le reste des calculs. Ironiquement, le vrai transporteur, c’est-à-dire le propriétaire du véhicule n’a droit qu’à : 20.000 par jour comme recette. Ce qui lui permet d’engranger 600.000 francs mensuellement moins que les réseaux mafieux qui prolifèrent dans le transport. A combien est évalué le nombre de « gbakas » en circulation dans notre pays ? Qui saura le nombre saura à combien s’élève les pertes de l’état en termes de taxes dans ce secteur. Le plus invraisemblable est que la majorité de ces personnes ne possèdent pas de véhicules quand bien même ils se réclament être des transporteurs.

La cécité ici, c’est quand les transporteurs s’opposent à une réforme positive et salvatrice pour tous de leur secteur alors que leurs vrais ennemis sont ceux avec qui ils font des marches, des réunions et des actions de protestation. Le bonheur du transport se trouve dans une prise totale en charge de ce secteur par l’état de Côte d’Ivoire. Le futur du transporteur se trouve dans l’acquisition de véhicules neufs qui lui permettra de grandir et de faire des chiffres d’affaires digne des revenus qui leur sont volés (aux transporteurs) par ces mafias. Le transport ivoirien pour briller doit s’émanciper des « gnambros ». C’est là que se trouve le véritable problème et non la limitation de l’âge des véhicules importés.

Auteur : La rédaction

Source : Lementor.net

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