Quelle image Abdoudramane Sangaré laisse-t-il à la postérité en côte d’Ivoire?

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Abdou Dramane Sangaré, le gardien du temple du FPI  s’en est allé pour l’au-delà après avoir vécu ici-bas dans  la cohérence avec ses maximes. Il les a délibérément érigées en lois de ses choix et de ses actions. Il a fait du  refus du compromis avec l’adversaire sa maxime suprême et s’y est tenu. D’un point de vue purement  formel, il faut lui reconnaître ce mérite de cohérence car l’affrontement politique est un affrontement de convictions et de principes, de programmes politiques et de choix sociétaux concurrents.

 Le politicien pour autant qu’il soit sincère se doit d’être en cohérence avec les principes de son obédience idéologique  et avec ses propres maximes, avec ses choix et ses décisions. Le bon politicien ne marchande pas ses principes, ne se renie pas et ne renie pas sa signature. Il ne révoque pas ses engagements au gré des circonstances. Il n’est ni roublard, ni duplice. Il croit en des principes furent-ils des antivaleurs. Il est désintéressé.

Constatant ses faits d’armes, je suis porté à penser qu’Abdoudramane Sangaré était de la race de ces hommes de conviction prêts à mourir pour leurs principes. Très en dessous de cette dimension, certains acteurs politiques ivoiriens en quête d’alliances instrumentales au FPI en ont éprouvé, ces derniers jours, la rudesse. Sur ce plan Abdoudramane Sangaré peut-être à juste titre considéré comme un politicien sincère et un exemple.

Néanmoins ce refus du compromis s’est traduit par l’extrémisme de son camp, par la répression de ses adversaires durant sa gestion du pouvoir d’État, par son appel au refus du dialogue, par ses appels récurrents à la révolte populaire et au boycott permanent des élections en Côte d’Ivoire après la défaite électorale du FPI à la Présidentielle de Décembre 2010.

J’ai plusieurs fois dénoncé Abdoudramane Sangaré pour cet extrémisme et ce refus du compromis qui définissent le FPI, plus comme un anti-mouvement sectaire que comme un parti politique démocratique (Cf. « Réflexion critique citoyenne sur les dangereux propos d’Abdoudramane Sangaré ». cedea.net, 8 Avril 2015). L’extrémisme est antidémocratique. Le refus du compromis est antipolitique. C’est un principe de guerre.

L’extrémisme est antidémocratique parce qu’il refuse le principe de la pluralité qui constitue substantiellement la société démocratique. Le refus du compromis est antipolitique parce que la politique est constituée par la négociation et par le dialogue, par la représentation de l’adversaire comme un partenaire aux positions légitimes. Le refus du compromis est un principe de guerre parce qu’il considère l’adversaire comme un ennemi à anéantir.

La démocratie a été inventée pour rendre possible la coexistence et vivre ensemble de la pluralité. Sa vertu fondamentale est de permettre à chacun de reconnaître l’Autre et de considérer sa position, ses points de vue et ses intérêts comme légitimesLa politique a été inventée  pour se substituer à la guerre dans l’affrontement existentiel pour le partage des ressources, la gestion du pouvoir  et la quête d’émancipation personnelle et collective. La discussion, le dialogue et le compromis qui composent la substance de la politique permettent de trancher les divergences d’intérêts et de points de vue au profit de tous les protagonistes d’un conflit.

La cohérence avec soi-même, le refus de transiger avec ses principes, furent la vertu personnelle d’Abdoudramane Sangaré. Elle en fait un exemple en dépit du fait qu’il l’ait incarnée jusqu’à l’absurde. Abdoudramane Sangaré, cet homme d’influence au FPI a fait de sa maxime personnelle, la loi de la politique du parti. Le FPI a remplacé la politique par la guerre en faisant du refus du compromis sa maxime suprêmeCe renversement constitue son talon d’Achille.

Le refus du compromis a rendu impossible toute forme d’aggiornamento au sein du FPI. La fidélité à la personne a conduit à déifier le chef et à transformer le parti en un temple dont Abdoudramane Sangaré fut le gardien intransigeant (cf. «  De Abdoudramane Sangaré à Affi N’guessan : le culte sectaire du chef fétichisé ». cedea.net, 18 Avril 2015). La mémoire d’Abdoudrame doit être saluée pour sa combativité, sa cohérence avec soi-même et son dévouement à son parti.  L’exemple d’Adboudramane Sangaré doit être, au FPI, matière à réflexion afin de déployer de manière instructive, pour le bénéfice du parti, le spectre des conséquences politiques de ses choix.

Auteur : Alexis Dieth

Source : Lementor.net

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