Editorial : « De Yacou le Chinois » au « braqueur inconnu » qu’est ce qui a changé?

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Nous sommes surpris que nos compatriotes condamnent le « policier-django » qui a abattu le voleur en pleine rue, en plein public et de sang froid. Les gens ne sont pas tristes pour le monsieur abattu mais plutôt pour la scène, parce qu’ils ont vu de leurs yeux le carnage, la douleur d’un semblable, et parce qu’ils ont peur d’une possible bavure policière faisant d’eux une victime inespérée du manque de professionnalisme de certains de nos hommes en uniforme. Réaction normale et humaine.

Mais quand on ramène l’analyse en arrière dans le temps, juste quelque mois passés, « Yacou le Chinois » avait eu droit à cette solution indigne, brutale, suite à une mutinerie à la MACA dont il avait été présenté comme l’instigateur, le cerveau. Tuer un être humain n’a jamais réglé un  problème nous le savons tous et les mutineries reprendront de plus bel quand l’effet « Yacou le chinois» sera estompé. En réalité, la mort de Yacou Coulibaly n’a pas réduit l’indice « évasion » de la MACA. Juste une accalmie d’où un autre problème de déplacé.

On se souvient comme hier que la photo de « Yacou le chinois » avait été partagée avec en addition des commentaires désobligeants, félicitant même cet autre crime d’un des caïds qui aurait fait assez de mal lors de sa détention à la prison. C’est vrai, Yacou était un gangster qui en faisait trop, dont nous tous innocemment ( ?) disions en chœur « ils vont le tuer o ! ». En réalité, c’est une frange importante de notre société qui voit la mise à mort de délinquants comme solution. Nous y pensons tous à chaque fois que nous sommes devant un cas de cette nature.

Le caractère humain de « Yacou le chinois » avait été mis aux oubliettes et la photo de son corps criblé de balles avait fait le tour des medias et des réseaux sociaux à la grande satisfaction de ceux pour qui seule sa mort était l’unique sortie. La page Yacou fut tournée ainsi dans le sang avec à la limite les applaudissements et les remerciements à peine voilés de nos concitoyens après ce « nettoyage » qui n’avait que trop durée.

Xama, le grand chef microbe avait été pris en chasse, lynché copieusement avant d’être dépecé comme il le méritait par une population en furie résolue à en finir avec ce phénomène de part leurs propres moyens. Solution éphémère que nous constatons tous, après plusieurs mois maintenant de la mort violente de Xama qui devrait faire changer tout le bataillon de microbes qui pavanent les rues de la capitale en toute quiétude en un troupeau d’enfants de cœurs. Le bilan est sans appel. Les microbes sont toujours en bonne place dans les rues Abidjanaises à faire autant de mal que de peur.

Yacou, lui a eu le malheur d’être au cœur d’une tentative d’évasion, l’autre, que nous appellerons le « braqueur inconnu » est tombé sur un policier désireux de faire ses armes, ses preuves surement comme c’est le cas dans certaines forces de sécurité, devant un public, qui ne cachait pas son envie de voir du sang, de voir des actes de « garçons » afin de se rassurer que sa sécurité était vraiment entre les mains de personnes capables. Le jeune policier est celui qui a tiré sur la gâchette mais il est moins dangereux que cette horde de sanguinaires, qui oublient, que notre pays est un état de droit, un état qui a décidé de tourner dos à cette façon dégradante de faire. Quelle déchéance ce fût. Les signes d’une société en décadence se trouvent exactement dans cette population en furie, qui décide de se faire justice parce que le vrai problème est le crédit de confiance entre nos populations et les forces de sécurité, entre notre système judiciaire et ces mêmes populations qui vont décroissant au fil des bavures et des incohérences de notre justice.

A qui la faute ? A notre société entièrement, qui aime le sensationnel au lieu de favoriser le rationnel, qui privilégie le ponctuel et défavorise le long terme, qui sans hésiter porterait ce jeune policier en héros. Un voleur vient de payer pour les autres au lieu de travailler à réduire le nombre de délinquants dans la cité par l’éducation. Toujours l’arme, toujours ôter la vie. Aucune place pour l’éducation aussi bien des policiers et du monde de la sécurité que des couches les plus exposées à produire des bandits de grands chemins.

Et donc, hier on a tous distribué la photo de Yacou le Chinois avec des commentaires du genre « c’est bien fait pour sa gueule » et aujourd’hui, nous les même personnes sommes  choqués devant tant de barbarie de la part de nos forces de sécurité sur un autre être humain, qui se trouve être un braqueur.

« De Yacou le Chinois » au « braqueur inconnu » qu’est ce qui a changé pour provoquer tant d’émois ?

La rédaction

Lementor.net

 

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